Jeter les bases : Trouver des solutions à la résistance aux antimicrobiens

La quête de toute une vie que mène un chercheur pour garder une longueur d'avance sur les superbactéries protège les soins de santé tels que nous les connaissons.

Dr Gerry Wright

« Si vous voulez vaincre votre ennemi, vous devez le connaître. »

Les gens ne s'attendent pas à cette réponse lorsqu'ils demandent au Dr Gerry Wright ce qu'il fait dans la vie. Le professeur de l'Université McMaster ne parle pas de guerre. Il parle de bactéries.

Depuis plus de trois décennies, le Dr Wright étudie la capacité des bactéries à déjouer les médicaments destinés à les éliminer, c'est-à-dire la résistance aux antimicrobiens. Le problème met en péril l'une des plus grandes réalisations médicales de l'humanité : les antibiotiques.

« Les antibiotiques ont changé notre façon de vivre et de mourir », explique-t-il. Avant l'avènement des antibiotiques, les infections que nous considérons comme banales aujourd'hui pouvaient être fatales; une coupure à la main, une pneumonie, des complications à l'accouchement ou même une intervention chirurgicale mineure pouvaient mettre la vie en danger. Du traitement du cancer à la greffe d'organes, en passant par les soins intensifs et la médecine néonatale, la médecine moderne repose sur l'efficacité des antibiotiques. Cependant, cette efficacité s'effrite. À mesure que les bactéries acquièrent une résistance aux traitements existants, le monde est confronté à un problème croissant – que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a désigné comme l'une des menaces les plus importantes pour la santé mondiale. Pour le Dr Wright, comprendre ce problème est devenu l'œuvre de toute une vie.

Alors qu'il était boursier postdoctoral à l'École de médecine de l'Université Harvard et qu'il étudiait la résistance aux antibiotiques, il a constaté directement les effets des infections résistantes sur les patients. Au lieu de se concentrer uniquement sur la recherche de nouveaux médicaments, le Dr Wright voulait comprendre la résistance elle-même : d'où vient-elle et comment les scientifiques peuvent-ils garder une longueur d'avance?

En 2007, ces interrogations ont débouché sur l'une de ses contributions les plus marquantes à la médecine moderne : la formulation du concept de « résistome aux antibiotiques ». Forgé par le laboratoire du Dr Wright, le terme désigne le vaste ensemble de gènes résistants aux antibiotiques présents dans le monde microbien, et non seulement chez les agents pathogènes connus chez l'humain. Le concept a permis aux scientifiques de mieux comprendre la résistance en l'inscrivant dans un contexte écologique beaucoup plus large.

Le Dr Wright a appliqué cette vision élargie au-delà du laboratoire en jouant un rôle central dans la création de centres de recherche, d'instituts et de collaborations axés sur les maladies infectieuses et la résistance aux antimicrobiens. Ses travaux ont contribué à la mise sur pied de l'Institut de recherche sur les maladies infectieuses Michael-G.-DeGroote et du Canada's Global Nexus for Pandemics and Biological Threats à l'Université McMaster, créant ainsi des espaces où des scientifiques de différentes disciplines peuvent s'attaquer ensemble à des problèmes complexes.

« Le problème est d'une telle ampleur qu'un seul ensemble de compétences ne suffit pas à le résoudre, dit-il. Il faut vraiment tout un village. » Les percées scientifiques peuvent voir le jour dans un seul laboratoire, mais la lutte contre la résistance aux antimicrobiens exige des efforts concertés entre les établissements, les secteurs et les générations de chercheurs.

Les découvertes récentes de l'équipe du Dr Wright, notamment de nouveaux antibiotiques expérimentaux prometteurs, ont attiré l'attention de la communauté internationale. Il demeure toutefois réaliste quant à ce que représentent ces découvertes. « La distance entre le laboratoire et le chevet du patient est parfois plus longue que nous le souhaiterions, indique-t-il. Mais nous cherchons toujours à réaliser des travaux qui auront, un jour, une application directe. »

Aujourd'hui, il cherche notamment à rapprocher certaines de ces découvertes des patients en étudiant des moyens de faire progresser de nouveaux antibiotiques expérimentaux par les voies de la biotechnologie et de la commercialisation.

Malgré des décennies de réalisations, ce qui passionne le plus le Dr Wright demeure la possibilité même de faire des découvertes. Pour la plupart des gens, une poignée de terre n'est rien de plus qu'une poignée de terre. Le Dr Wright y voit plutôt des milliards de microbes qui produisent des composés chimiques que les humains commencent à peine à comprendre. « L'odeur de la terre, explique-t-il, provient des bactéries qui vivent dans le sol. » Les mêmes microbes ont déjà fourni certains des médicaments les plus importants pour l'humanité, des antibiotiques aux médicaments contre le cancer. Pour le Dr Wright, le sol sous nos pieds recèle encore un immense potentiel inexploité. « Il s'agit d'une occasion incroyable, indique-t-il. J'y vois des possibilités infinies. »

Grâce à des décennies d'investissements des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), les travaux du Dr Wright ont contribué à redéfinir la compréhension scientifique de la résistance aux antimicrobiens tout en renforçant la capacité du Canada à faire face à l'un des plus grands problèmes de santé qui marquent notre époque.

Le Dr Wright a façonné ce domaine par les découvertes réalisées dans son laboratoire, les scientifiques qu'il a formés, les organismes qu'il a contribué à mettre sur pied et la reconnaissance croissante du fait que la résistance aux antimicrobiens ne constitue pas qu'un problème du milieu hospitalier, mais un enjeu écologique d'ordre mondial.

La protection de l'efficacité des antibiotiques va bien au-delà de la préservation d'un médicament. Il s'agit de protéger tous les aspects des soins de santé. Plus de trois décennies après s'être penché pour la première fois, jeune chercheur, sur la résistance aux antibiotiques, le Dr Wright demeure motivé par le même défi qui a retenu son attention à Harvard : comment pouvons-nous garder une longueur d'avance?

En bref

Enjeu

La résistance aux antimicrobiens réduit l'efficacité des antibiotiques, menace les soins de santé modernes et rend plus dangereuses des infections jusqu'alors traitables. L'Organisation mondiale de la santé désigne la résistance aux antimicrobiens comme l'une des menaces les plus importantes pour la santé mondiale, une menace qui guette tant les interventions chirurgicales de routine que le traitement du cancer.

Recherche

Depuis plus de 30 ans, le Dr Gerry Wright étudie la façon dont les bactéries développent une résistance aux antibiotiques et comment les scientifiques peuvent garder une longueur d'avance sur ces menaces en constante évolution. Ses travaux novateurs ont introduit le concept de résistome aux antibiotiques, transformant la compréhension de la résistance et contribuant à orienter la recherche de nouveaux traitements et de solutions fondées sur la collaboration.

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