Un médicament peu coûteux s'avère bénéfique pour les patients et le système de santé

Des chercheurs de l'Université McMaster montrent qu'un médicament coûtant aussi peu que 50 cents par dose pourrait permettre aux hôpitaux d'économiser des milliers de dollars tout en améliorant les résultats pour les patients gravement malades.

Dr Feng Xie et Dre Deborah Cook

En tant que médecin en soins intensifs, la Dre Deborah Cook est déterminée à prodiguer les meilleurs soins possibles à ses patients dans l'unité de soins intensifs du Centre de soins de santé St. Joseph, à Hamilton.

Pour ce faire, elle doit prendre des décisions fondées sur les meilleures données probantes disponibles ainsi que sur les valeurs, l'expérience et le contexte social du patient. En tant que gestionnaire des ressources de santé, la Dre Cook tient également compte du coût des examens, des traitements et des interventions.

Lorsqu'elle soigne un patient à l'unité de soins intensifs qui a besoin d'un respirateur, elle prescrit habituellement un médicament qui réduit l'acidité gastrique appelé pantoprazole afin de prévenir les lésions de stress, une complication des maladies graves caractérisée par l'apparition d'ulcères dans la muqueuse du système gastro-intestinal supérieur. Le pantoprazole est une intervention à faible coût, le médicament coûtant entre 50 cents et deux dollars par dose.

Bien que rares, les lésions de stress peuvent entraîner des saignements graves. Cette complication peut entraîner des coûts supplémentaires pour les hôpitaux en prolongeant le séjour des patients aux soins intensifs, où les soins sont particulièrement coûteux, et en augmentant le nombre d'examens et d'interventions nécessaires.

Depuis des décennies, il est courant de prescrire des médicaments qui réduisent l'acidité gastrique dans les unités de soins intensifs du monde entier. Toutefois, les données probantes concernant leurs bienfaits et leurs effets indésirables chez les patients demeuraient peu concluantes.

« Avec les progrès réalisés dans les pratiques de soins cliniques et avec des médicaments et appareils plus performants, certains se demandaient si les saignements causés par les lésions de stress avaient presque disparu et si le pantoprazole était toujours efficace », explique la Dre Cook, professeure éminente de médecine, d'épidémiologie clinique et de biostatistique, et titulaire de la chaire universitaire en soins intensifs à l'Université McMaster. « En fait, même s'il s'agit d'un médicament peu coûteux, on se demandait s'il était vraiment nécessaire de l'administrer à la plupart des patients gravement malades. »

Grâce au financement des IRSC et de leurs partenaires, la Dre Cook et son équipe ont mis sur pied l'essai REVISE (Re-Evaluating the Inhibition of Stress Erosions), recrutant plus de 4 800 patients dans 68 unités de soins intensifs de huit pays afin de déterminer l'efficacité clinique du pantoprazole pour prévenir les saignements gastro-intestinaux chez les patients sous assistance respiratoire. L'étude comprenait une évaluation économique dirigée par le collègue de la Dre Cook, le Dr Feng Xie, économiste de la santé et professeur au Département des méthodes, des données et de l'impact de la recherche en santé de l'Université McMaster.

Certains pourraient se demander pourquoi une évaluation économique s'imposait pour un médicament aussi peu coûteux.

« On comprend parfois mal ce qu'est une évaluation économique et en quoi elle peut être utile », explique le Dr Xie. « Une évaluation économique ne se limite pas à comparer le coût de l'intervention à celui du traitement de référence. Elle tient également compte de toutes les conséquences associées à une intervention en matière d'utilisation des ressources de santé, notamment l'hospitalisation, les interventions de soins intensifs et le recours à d'autres médicaments. Nous examinons donc la situation du point de vue des hôpitaux et du système de santé pour essayer de comprendre l'incidence économique globale. »

L'équipe a publié les résultats de l'étude dans le New England Journal of Medicine en 2024. Ils se sont révélés concluants : les patients ayant reçu du pantoprazole présentaient un risque considérablement plus faible de saignement gastro-intestinal, sans effet important sur les complications ou la mortalité. Ces résultats ont clairement démontré l'efficacité de cette stratégie de prévention qui influence aujourd'hui les pratiques en soins intensifs partout dans le monde.

Dans le cadre de son évaluation économique, publiée dans JAMA Network Open en 2025, le Dr Xie a déterminé que les patients ayant reçu du pantoprazole passaient en moyenne une journée de moins aux soins intensifs et moins de jours à l'hôpital dans l'ensemble, permettant ainsi au système de santé des économies pouvant atteindre 5 000 $ par patient.

« Les travaux de l'essai clinique et l'évaluation économique forment une combinaison convaincante », affirme la Dre Cook. « Tout le monde y gagne, tant les patients que le système de santé. »

En bref

L’enjeu

Les patients gravement malades qui ont besoin d'une ventilation artificielle invasive pour respirer reçoivent souvent des médicaments qui réduisent l'acidité gastrique afin de prévenir une complication connue sous le nom de lésions de stress dans le système gastro-intestinal supérieur. On croyait que ces lésions pouvaient entraîner des saignements importants.

Le recherche

L'essai REVISE, dirigé par des chercheurs de l'Université McMaster, a fourni de nouvelles données probantes sur l'efficacité clinique et la rentabilité d'un médicament appelé pantoprazole pour prévenir les saignements gastro-intestinaux chez les patients sous ventilation artificielle aux soins intensifs. Les résultats de cet essai ont montré que ce médicament peu coûteux améliorait l'issue clinique des patients, tandis que son évaluation économique a démontré qu'il permettait aux hôpitaux d'économiser des milliers de dollars en réduisant la durée des séjours à l'hôpital et d'autres coûts.

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