Une technique d’imagerie axée sur le bien-être des patients
Une innovation à l’Université d’Ottawa fait progresser la TEP cardiaque et bénéficie aux patients du Canada et d’ailleurs.

Everad Tilokee

À l’âge de 13 ans, Everad Tilokee a reçu un diagnostic de cardiomyopathie dilatée, une maladie qui affaiblit le cœur et réduit la circulation sanguine. Déterminé à en apprendre davantage sur sa maladie, Everad a plus tard fait une maîtrise, se spécialisant dans l’étude des cellules souches cardiaques à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

En 2014, Everad est retourné à l’Institut, cette fois en tant que patient, pour recevoir une transplantation cardiaque salvatrice. Les signes de maladie coronarienne et de complications liées à la transplantation sont surveillés chez les greffés cardiaques toute leur vie durant. Pour certaines personnes, le suivi courant prend la forme d’une angiographie, un examen diagnostique permettant de voir comment le sang circule dans le cœur à l’aide d’une radiographie et d’un cathéter inséré dans le poignet ou la cuisse.

Mais pour Everad, l’examen de suivi à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa a plutôt consisté en une tomographie par émission de positons (TEP) de perfusion myocardique, une technique qui crée des images des vaisseaux sanguins du cœur au moyen d’un appareil d’imagerie et d’un isotope radioactif appelé rubidium 82 injecté à faible dose.

Si les deux méthodes s’avèrent efficaces, Everad ressentait des douleurs pendant plusieurs jours après avoir passé une angiographie, contrairement à la TEP qui, selon lui, se résume à une intraveineuse, sans douleur et sans période de rétablissement. « La différence entre les deux méthodes est flagrante, » affirme-t-il.

Aujourd’hui, c’est cette méthode moins effractive qui est couramment utilisée pour surveiller des centaines de milliers de patients à risque dans le monde. Toutefois, peu de gens savent que cette pratique clinique est le fruit d’une recherche financée par les IRSC, qui s’est déroulée ici, au Canada, à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

Le Dr Robert deKemp , physicien spécialisé en imagerie cardiaque, et le Dr Robert Beanlands , clinicien-chercheur à l’époque (aujourd’hui président-directeur général de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa), se sont associés en 2009 afin de trouver une solution à un urgent problème mondial : la pénurie de technétium 99m, un isotope indispensable à la médecine nucléaire, notamment pour l’imagerie du cœur, des poumons, des reins et des tumeurs.

Les fermetures répétées ou prolongées des réacteurs nucléaires ont causé un déséquilibre dans l’offre d’isotopes, dont une importante pénurie au Canada au printemps 2009, après que le réacteur NRU à Chalk River, en Ontario, ait fermé ses portes.

Dr Robert deKemp et Dr Robert Beanlands

Grâce au soutien des IRSC et de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada, l’équipe a pu tester une technique d’imagerie différente : l’imagerie par TEP au rubidium 82. Les résultats ont montré que la TEP de perfusion myocardique permet de mesurer avec précision le débit sanguin myocardique (la quantité de sang conduit au muscle cardiaque) et de prédire des incidents cardiaques graves comme une crise cardiaque, un arrêt cardiaque, et une hospitalisation.

Outre l’exactitude diagnostique, la nouvelle technique offre un autre avantage important : contrairement au technétium 99m, le rubidium 82 peut être produit à l’hôpital à l’aide d’un générateur, ce qui élimine le besoin de recourir aux chaînes d’approvisionnement complexes et qui rend la TEP plus accessible dans les centres d’imagerie cardiaque.

« Nous avons donné des formations sur la TEP de perfusion myocardique à des technologues et des médecins de six centres en Alberta, en Ontario et au Québec, explique le Dr deKemp. Ainsi, au Canada seulement, des milliers d’images cliniques ont pu être réalisées. »

La nouvelle technique a par la suite été approuvée par Santé Canada, la Food and Drug Administration des États-Unis et d’autres organismes de réglementation en Europe. Afin d’intégrer cette découverte au système de soins de santé, le Dr deKemp s’est associé à une entreprise de Montréal pour mettre au point et commercialiser la technologie. « L’entreprise a fait du Canada l’un des chefs de file des technologies d’imagerie cardiaque par TEP et a contribué à l’économie nationale », explique le Dr deKemp.

Si les deux chercheurs ont connu du succès, c’est, selon le Dr Beanlands, en grande partie grâce à l’ingéniosité du Dr deKemp et à l’environnement unique offert par l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, qui a mis en place le Centre national de TEP cardiaque. « Le Centre nous a fourni le cadre et les installations nécessaires pour élaborer, tester et appliquer à plus grande échelle cette nouvelle technologie d’imagerie cardiaque, dit le Dr Beanlands. C’est l’une des nombreuses innovations que célèbre l’Institut dans le cadre de son 50e anniversaire en 2026, lequel commémore un héritage reposant sur une culture du pouvoir-faire qui stimule la recherche et transforme les soins », ajoute-t-il.

De la recherche à l’amélioration des pratiques cliniques en passant par la commercialisation, ce projet financé par les IRSC a répondu à toutes les attentes d’une recherche financée : « Le projet a permis d’approfondir les connaissances, de créer un outil de diagnostic, de soutenir le traitement et de le commercialiser pour finalement améliorer les résultats cliniques », ajoute le Dr Beanlands.

Le financement soutenu de la part des IRSC et d’autres organismes au fil des années a permis à l’Institut de cardiologie de renforcer ses capacités de recherche et de mettre en place une infrastructure de calibre mondial, des réalisations supérieures aux attentes du Dr Beanlands en début de carrière. « Mon but était que la recherche soit directement appliquée aux soins, je n’avais jamais imaginé que notre projet génèrerait autant de retombées », dit-il.

Pour Everad qui passe une TEP de perfusion myocardique chaque année depuis plus de dix ans, cette innovation procure une tranquillité d’esprit : « L’imagerie par TEP est mon contrôle annuel; elle me montre l’état réel de mon cœur. »

Everad a confiance que ce type d’imagerie avancée permet à son équipe de soins de détecter les complications cardiaques assez tôt pour intervenir avant que les symptômes n’apparaissent. « Pour quelqu’un comme moi, la détection des signes précurseurs pourrait protéger l’avenir de mon nouveau cœur », ajoute-t-il.

Par reconnaissance pour les soins et la recherche qui lui ont sauvé la vie, Everad brûle d’envie de redonner au milieu; lorsqu’il n’est pas à vélo afin d’amasser des fonds pour les maladies cardiaques, il contribue à la recherche qui vise à parfaire les techniques de l’imagerie par TEP pour détecter des complications après la transplantation.

« Le système de santé m’aide depuis que j’ai 13 ans, dit-il. Participer à la recherche est aujourd’hui ma façon de redonner au milieu qui m’a gardé en vie. »

En bref

L’enjeu

Pendant de nombreuses années, le suivi cardiaque courant pour les greffés se faisait par angiographie. Bien qu’il soit efficace, ce test est effractif et cause des douleurs aux patients pendant plusieurs jours. La TEP cardiaque est une solution de rechange à cet outil de diagnostic.

La recherche

Devant le problème mondial d’approvisionnement en radio-isotopes pour la cardiologie nucléaire non sans conséquences pour les diagnostics d’affections cardiaques, une équipe de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa a proposé et testé une nouvelle technologie qui a rendu la TEP cardiaque plus accessible dans les centres d’imagerie au Canada. Les travaux de l’équipe ont bénéficié à des centaines de milliers de personnes dans le monde et contribué à l’économie canadienne.

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