Se rétablir d’un cancer du côlon, grâce à l’activité physique
Un essai clinique révèle que l’activité physique joue un rôle clé dans la rémission du cancer du côlon et la santé à long terme.

Dr Kerry Courneya, co-dirigeant de l’essai international CO.21 CHALLENGE

Pour de nombreuses personnes atteintes d’un cancer du côlon de stade II ou III, terminer leur chimiothérapie adjuvante est une importante réussite, mais ce jalon marque le début d’une nouvelle étape souvent intimidante. Bien que les avancées médicales aient significativement amélioré le taux de réussite initial du traitement, le risque de récidive est toujours présent.

L’essai clinique international du Groupe canadien des essais sur le cancer, codirigé par le Dr Kerry Courneya, de l’Université de l’Alberta, et le Dr Christopher Booth, de l’Université Queen’s, portait précisément sur ce nouveau départ. Cette étude, l’essai CO.21 CHALLENGE, a démontré que l’exercice ne fait pas qu’améliorer la qualité de vie; il sauve des vies!

L’essai CHALLENGE a suivi des survivants pendant une période de 17 ans. Les participants, recrutés peu de temps après leur chimiothérapie, ont été répartis en deux groupes : l’un recevait du matériel standard d’éducation sur la santé et l’autre suivait un programme d’exercice structuré sur trois ans.

Les résultats étaient sans précédent : le groupe du programme d’exercice présentait un risque de récidive et de développement d’un cancer secondaire réduit de 28 %, ainsi qu’un risque de mortalité 37 % inférieur à celui du groupe témoin. Il est intéressant de noter que les données suggèrent que les femmes pourraient en tirer encore plus de bénéfices, notamment parce que l’exercice réduit aussi le risque de développer un nouveau cancer primitif du sein.

L’une des contributions les plus importantes de cette recherche réside dans une meilleure compréhension des obstacles à l’exercice. « Certains patients ressentent beaucoup de fatigue après leur chimiothérapie, et le repos peut sembler être la meilleure solution », a expliqué le Dr Courneya. « L’exercice est une réponse contre-intuitive à la fatigue. »

Afin d’enrayer cet obstacle, le programme d’exercice se voulait à la fois souple et facile à suivre à long terme :

  • Exercices aérobiques : les participants pouvaient choisir leur activité, mais la marche demeurait la plus populaire.
  • Mise à l’échelle : les participants choisissaient la fréquence et la durée des exercices afin de garantir le maintien de cette habitude tout au long des trois années.
  • Soutien professionnel : un suivi régulier avec des spécialistes de l’activité physique aidait les survivants à gérer leur retour au travail ainsi que leurs autres responsabilités quotidiennes.

Pour Linda van Delden, la vie après le cancer était assez léthargique. Cependant, elle était déterminée à se retrouver. Travailler avec un spécialiste de l’activité physique a été décisif pour elle. « J’en avais assez de me sentir constamment malade », se rappelle Linda. Elle a dû accepter que son corps avait changé, tout en apprenant à composer avec une nouvelle douleur au genou. Elle a compris qu’elle ne retrouverait peut-être jamais la condition physique qu’elle avait lorsqu’elle courait.

La rigueur de l’étude et la structure de son programme d’exercice l’ont aidée à rester constante, même dans les périodes plus occupées. « J’entends encore dans ma tête mon spécialiste me dire de ralentir, de redresser mes épaules et de ne pas m’étirer trop loin. » Pour Linda, la prise de conscience fut simple, mais profonde : les jours où elle était trop fatiguée pour faire un entraînement complet, un dix minutes passé à jardiner ou à jouer avec ses petits-enfants lui procurait l’étincelle dont elle avait besoin.

Bien que la réduction de 28 % du risque de récidive et de développement d’un cancer secondaire constitue une victoire clinique majeure, la transformation qualitative observée chez les participants est tout aussi importante. Pour de nombreux survivants, tout ce qui touche de près ou de loin à leur expérience globale du cancer semble complètement « anormal ». L’exercice est donc pour eux un pont psychologique vers leur ancienne vie.

En plus d’améliorer l’image corporelle et l’estime de soi, et de réduire l’anxiété et la dépression, l’activité physique redonne aux survivants un sentiment de contrôle. Leur corps ne semble plus défini par la maladie, mais plutôt par la force.

Cette percée mondiale est l’aboutissement de décennies de recherche. C’est d’ailleurs grâce à l’investissement rapide et soutenu des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et d’autres bailleurs de fonds que le Dr Courneya a pu co-diriger un essai d’une telle envergure. Les investissements des IRSC, dont une bourse pour chercheur en début de carrière et une subvention Fondation octroyée en 2018 à son projet intitulé Physical activity and cancer outcomes : Generating practice-changing evidence, lui ont permis de se doter d’une infrastructure et de disposer du temps requis pour faire progresser des études pilotes prometteuses vers un essai international de phase 3 à grande échelle, qui a finalement conduit à une révision des lignes directrices encadrant les soins cliniques. La Société canadienne du cancer a été l’un des principaux bailleurs de fonds pour cet essai.

Aujourd’hui, des organismes tels qu’ESMO (en anglais seulement) mettent déjà à jour les guides de pratique clinique afin d’intégrer l’activité physique dans le rétablissement à un cancer du côlon de stade II ou III. Pour les survivants, ces découvertes sont plus qu’un simple pourcentage réduit : c’est le chemin vers un avenir plus sain, plus actif et plus autonome.

En bref

L’enjeu

Bien que terminer la chimiothérapie soit une importante réussite pour les survivants d’un cancer du côlon de stade II ou III, le risque de récidive reste tout de même important. À la suite du traitement, plusieurs souffrent de fatigue chronique et manquent de recommandations précises sur les habitudes de vie qui pourraient prévenir une récidive du cancer et favoriser leur santé à long terme.

La recherche

Le Dr Kerry Courneya et le Dr Christopher Booth ont co-dirigé l’essai international CO.21 CHALLENGE mené par le Groupe canadien des essais sur le cancer. Cette étude de 17 ans démontre qu’un programme d’exercice structuré peut réduire le risque de récidive et de développement d’un cancer secondaire de 28 % et le risque de mortalité de 37 %, faisant de l’exercice une intervention clinique capable de sauver des vies.

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