Quatre directeurs scientifiques des IRSC discutent de la vaccination au Canada

Semaine nationale de promotion de la vaccination du 24 au 30 avril 2021

La Semaine nationale de promotion de la vaccination (du 24 au 30 avril) revêt cette année toute son importance, puisque nous sommes en pleine lutte contre la pandémie de COVID-19.

Nous avons demandé à quatre directeurs scientifiques des IRSC – les Drs Charu Kaushic, Steven Hoffman, Christine Chambers et Carrie Bourassa – ce qu'ils voulaient que les gens sachent sur la vaccination et son rôle crucial dans la prévention, le traitement et la prise en charge des maladies humaines.

Dre Charu Kaushic, directrice scientifique, Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC

Qu'avons-nous appris grâce à la mise au point des vaccins contre la COVID-19 cette année?

La vitesse incroyable à laquelle les vaccins contre la COVID-19 ont été mis au point et le haut degré de protection contre la maladie grave qu'ils confèrent nous ont montré que nous pouvons compter sur la recherche pour surmonter les défis les plus complexes. Il est maintenant évident que les campagnes de vaccination rapides et l'innovation dans ce domaine pour contrer les variants du SRAS-CoV-2 seront la porte de sortie de cette pandémie. Si les vaccins actuels ont pu être mis au point à une vitesse exceptionnelle, n'oublions pas que c'est notamment grâce aux décennies de recherche qui ont permis la préparation des plateformes. Soulignons aussi qu'aucun compromis n'a été fait quant à l'innocuité. Pour les scientifiques, cette réussite a renouvelé l'intérêt pour les vaccins contre d'autres maladies problématiques comme le VIH-1 et la tuberculose.

Si la vaccination est bel et bien la façon la plus efficace et la plus sûre de protéger les gens, pourquoi certaines personnes refusent-elles d'être vaccinées?

En 2019, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué que la réticence et le refus à se faire vacciner malgré la disponibilité de vaccins étaient l'une des dix principales menaces pour la santé mondiale. C'est devenu encore plus évident dans la dernière année : nous avons vu que les virus comme le SRAS-CoV-2 ne respectent pas les frontières géographiques; il est donc urgent d'augmenter la confiance dans les vaccins sur toute la planète. Selon des études, bien que seul un petit nombre de gens soit réellement « anti-vaccins », une portion beaucoup plus grande de la population est « réticente à se faire vacciner ». Les membres de ce deuxième groupe ont des questions, et veulent plus de données pour être convaincus que les vaccins sont sûrs et qu'ils les protégeront, eux et leurs proches. Nous devons respecter les besoins de ces personnes, répondre à leurs questions et leur fournir les données nécessaires. Faire participer des leaders locaux à des discussions appropriées sur le plan culturel peut rassurer les gens et les convaincre.

Dr Steven J. Hoffman, directeur scientifique, Institut de la santé publique et des populations des IRSC

Quel est le plus grand défi de santé publique relatif aux vaccins?

La situation actuelle de la COVID-19 pose de nombreux défis. C'est la plus vaste campagne de vaccination de notre génération, alors en plus des enjeux logistiques physiques, nous devons gérer des enjeux d'information et de politiques. Un pays aussi grand et diversifié que le Canada ne peut pas simplement adopter une approche universelle. Nous devons veiller à prioriser les plus vulnérables – aînés, travailleurs de première ligne, personnes atteintes de maladies chroniques ou d'autres maladies, et personnes vivant en milieu collectif. Cela signifie aussi de nous assurer que les gens reçoivent la bonne information sur le vaccin et la vaccination, dans un format qu'ils comprennent, et que les gens qui n'ont pas accès à la technologie ou à un moyen de transport puissent obtenir des rendez-vous et s'y rendre.

Les décideurs pourraient-ils utiliser les résultats de recherche pour rendre la vaccination obligatoire dans tout le pays?

Dans un monde idéal, tout le monde ferait confiance aux données issues d'études scientifiques rigoureuses et choisirait de se faire vacciner, mais nous savons que ce n'est pas la réalité. Bien que la vaccination obligatoire puisse sauver des vies, ultimement, ce n'est pas une mesure qui inspirerait la confiance chez ceux qui sont réticents. Nous devons trouver de meilleures façons de combattre la mésinformation et de communiquer pour que chacun soit à l'aise avec la décision de se faire vacciner.

Dre Christine Chambers, directrice scientifique, Institut du développement et de la santé des enfants et des adolescents des IRSC

Qu'est-ce que les parents doivent savoir sur la vaccination des enfants?

Les vaccins systématiques peuvent protéger les enfants contre des maladies graves évitables et contagieuses comme la polio, la rougeole et la coqueluche. L'histoire de la vaccination au Canada et de l'information scientifique sur les maladies ciblées se trouvent sur Immunisation Canada.

Les avantages de recevoir des vaccins éprouvés pour prévenir ou limiter des maladies dépassent de loin les risques. Les effets secondaires sont généralement mineurs et beaucoup moins graves que les maladies elles-mêmes. Pour certains enfants et familles, la douleur et la crainte associées aux aiguilles peuvent être un obstacle important à la vaccination systématique. L'équipe pancanadienne de Help ELiminate Pain in Kids & Adults (HELP in Kids & Adults), présidée par la Dre Anna Taddio, a créé des ressources pour donner aux enfants et aux adultes des stratégies pour réduire la douleur des piqûres (en anglais seulement).

Quels effets la pandémie de COVID-19 a-t-elle eus sur la vaccination systématique des enfants?

Selon des rapports publiés en 2020 par l'OMS et l'UNICEF, et par la Fondation Bill and Melinda Gates (en anglais seulement), le retard dans la vaccination des enfants dû à la COVID-19 a fait régresser lutte contre les maladies évitables par la vaccination. Au Canada, les pédiatres encouragent les parents à suivre le calendrier de vaccination systématique parce que, même s'ils respectent les mesures de distanciation physique en place, les enfants peuvent toujours tomber malades ou propager des maladies.

Dans certaines régions du Canada, l'accès aux soins de santé primaires et préventifs est difficile en raison de la COVID-19. Certaines campagnes de vaccination à l'école ont été retardées à cause du passage à l'enseignement virtuel ou parce que le personnel de santé publique local doit se concentrer sur les soins associés à la COVID-19. La reprise de la vaccination systématique des enfants dès que possible dans le respect des recommandations de santé publique permettra de limiter la propagation de maladies évitables au Canada et ailleurs.

Dre Carrie Bourassa, directrice scientifique, Institut de la santé des Autochtones des IRSC

D'où vient la réticence vaccinale chez les Peuples autochtones? 

Il y a une longue histoire de colonisation et d'expérimentation sur des personnes des Premières Nations, métisses et inuites au Canada. Cela a mené, au moins en partie, à une méfiance envers le système de soins de santé en général, et particulièrement envers les vaccins. De nombreux survivants des pensionnats se souviennent d'avoir reçu des vaccins expérimentaux sans leur consentement ou celui de leur famille. Ils ont aussi vécu plusieurs expériences nutritionnelles atroces. Ainsi, la réticence vaccinale chez les Peuples autochtones doit être prise au sérieux. Nous ne pouvons pas obliger ces personnes à se faire vacciner de quelque façon que ce soit (Mosby et Swidrovich, 2021 (en anglais seulement)). Une part de la réticence vient aussi des « fausses nouvelles » et des « experts » peu crédibles qui peuvent semer de la confusion dans les communautés autochtones. 

Comment pouvons-nous encourager les personnes des Premières Nations, inuites et métisses à participer aux campagnes de vaccination?

Mon laboratoire de recherche, Morning Star Lodge (en anglais seulement), étudie cette question d'un angle holistique en se basant sur la perspective de la communauté, où de nombreux aînés et gardiens du savoir avec qui nous travaillons (et même nos partenaires communautaires) disent que leur motivation à se faire vacciner n'est pas leur propre santé, mais celle de leurs enfants et des gens malades. Pour que les personnes des Premières Nations, métisses et inuites acceptent la vaccination, il faut des campagnes bien différentes de celles qui fonctionnent dans les populations colonisatrices.

Avec des leaders des communautés autochtones, nous avons créé depuis le début de la pandémie de COVID-19 une série de feuillets informatifs que nous avons traduits dans toutes les langues autochtones de la Saskatchewan. Nous avons également conçu la stratégie Gardez la flamme allumée, qui comprend des feuillets informatifs, mais aussi des vidéos, la distribution de boîtes de denrées aux aînés en milieu urbain, et des trousses contenant des jeux, des casse-têtes, des recettes, des livres électroniques, entre autres, pour aider les aînés, les familles et les enfants durant le confinement. Nous avons aussi élaboré, sous la direction de partenaires communautaires, des projets de recherche qui profiteront aux communautés autochtones durant la pandémie (beaucoup portent sur la technologie, par exemple).

Les chefs, les aînés et les autres leaders ont parlé à leurs communautés pour encourager les Autochtones à recevoir le vaccin et les rassurer, et ont donné l'exemple en se faisant vacciner. Par ailleurs, nous avons aidé à lancer une campagne pour démentir la mésinformation. Nous avons conçu de nouveaux feuillets contenant de l'information pertinente et exacte traduite en langues autochtones (nous sommes en train de les traduire) et soutenant l'initiative #LaScienceDabord qui a été lancée par le sénateur Stan Kutcher pour contrer la mésinformation. Nous avons aussi collaboré avec l'éthicienne et artiste dénée Lisa Boivin, qui crée des feuillets informatifs sur l'acceptation des vaccins dans les communautés autochtones (en anglais seulement) [ PDF (3,74 Mo) - lien externe ].

Date de modification :